MAYA'S VOICES

Donnons de la voix aux règles

 

 

 

 

 

 

Joya, 21 ans, Libanaise

 


Voici le témoignage de Joya, originaire du Liban et étudiante à Paris. Un peu de contexte d'abord :

  • Joya est issue de la communauté chrétienne du pays (40% env. VS 55% de musulmans au Liban), son vécu n'est donc pas généralisable à tous.tes
  • Ecole religieuse avec des cours tardifs sur les menstruations (juste avant le lycée) très "scientifiques", sans conseils "concrets"
  • Préférence pour les serviettes, tampons considérés comme intrusifs car portant atteinte à la sexualité des jeunes filles
Joya nous livre son expérience des menstruations au Liban. A travers ses anecdotes, on retrouve cette perception des règles comme une maladie, un maux qu'il faut taire (mais ironiquement, qu'on célèbre le 1er jour des règles).
On constate surtout un manque d'éducation appropriée pour les jeunes filles ET garçons...

Les infos sont incomplètes et surviennent trop tard, ce qui donne lieu à des situations embarassantes, voire cocasses.

Mai 2020

 

Lycéennes anonymes, 17 ans, Françaises

 


Nous sommes trois élèves de terminale. Pour notre bac, nous devions concevoir un projet dont le thème était de notre choix. Nous avons choisi de parler de la précarité menstruelle car c’était pour nous un sujet trop peu connu mais beaucoup trop important 👊.

Nous avions donc pour objectif de sensibiliser et diminuer à notre niveau la précarité menstruelle. De ce fait nous voulions distribuer un simple questionnaire 📝 dans différents collèges pour dans un premier temps pouvoir établir un diagnostic sur la connaissance des jeunes sur les menstruations (dans ce questionnaire il n’y avait absolument rien de « choquant »). Après un refus total de tous les établissements que nous avions contactés nous avons décidé de le faire au sein de notre lycée 🏫.

Nous avons donc rencontré notre sous-directeur qui a lu le questionnaire et a bien vu qu’il n’y avait rien de choquant.

Cependant le fait qu’on puisse distribuer un questionnaire à des jeunes (on comptait à présent le collège et le lycée) lui semblait impossible.
Selon lui beaucoup trop de parents seraient contre cela et donc il ne pouvait pas nous autoriser à le faire 🙅.

Nous avons trouvé ça aberrant car grâce à un questionnaire que nous avons fait sur Internet nous avons pu nous rendre compte que la plupart des jeunes filles avaient leurs règles durant le collège et n’osaient pas en parler à leurs familles, ce qui peut créer de gros problèmes pour elles 😩.

Mai 2020

 

Clémence, 33 ans, Française

Clémence, rédactrice en chef de la série de podcast Tuto Conquérir le Monde nous raconte ses règles à coeur ouvert, des premières règles à la découverte de la cup, un concentré d'enthousiasme et d'humour !

Mars 2020



 

Mylène et Solène, 21 ans, Françaises

Deux jeunes étudiantes de l'association Les Sang-Culottes ont accepté de témoigner sur leurs rapports à leurs règles deux jeunes femmes du même âge qui malgré la divergence des premières expériences montrent de grandes similitudes sur la façon dont nous voyons nos règles. ts à leurs règles !

Février 2020

 

Bruna, 22 ans, Brésilienne

J’ai vécu dans une grande ville, j’ai fréquenté l’un des meilleurs collèges du Brésil (du coup j’ai eu un cours sur les bases des règles - ce qu’était ce sang, etc). Ma mère ne m’en avait jamais parlé mais je savais que c’était un truc normal. Moi et mes amies on n’avaient pas honte de raconter ça entre nous non plus. Mais bien sûr tabou complet d’en parler aux garçons.

Le repérage de la moindre tâche était un problème de sécurité nationale ! Si on avait une tâche, on la cachait en attachant un pull autour des hanches (même si on avait froid, pas question de mettre le pull ! Et même en été, si on avait nos règles on apportait des pulls au cas où). Si on n’avait pas de serviette ou s’il fallait en donner à des amis, on les cachait comme si c’était de la drogue.

Une fois j’avais 16 ans et je passais un examen quand j’ai senti que mes règles étaient arrivées. J’ai continué l’examen angoissée de la tâche que ça me ferait. Je suis sortie super pressée à la fin de l’examen (même si j’étais dans un lycée privé qui me coûtait 1,5 smic par mois, il n’y avait pas de serviettes dispos dans les toilettes, il fallait aller au secrétariat en demander et parfois c’était un mec qui te donnait les serviettes du coup il y avait le côté honte). Bref, je suis sortie super pressée pour prendre mon bus avant que les gens de mon lycée remarquent ma tâche. Je mettais environ 45 min en bus pour arriver chez moi plus 10 min de marche. Quand j’arrive à mon arrêt de bus, je vois une suuuper tâche sur le siège. Pendant tout le chemin à pied je me sentais super mal, sale, je ressentais honte, frustration, impuissance, vraiment « walk of shame », je marchais tête baissée. Et là c’est la première fois que je raconte cette expérience. On vit toutes des situations comme ça, mais on ne les raconte pas entre nous.

Au Brésil, je trouve que les gens ont beaucoup moins l’habitude de mettre des tampons qu’en France, la règle c’est serviettes tout le temps. Il y a beaucoup de gens qui pensent que tu peux pas mettre des tampons si tu es vierge, que ça va faire rompre ton hymen. Je pensais que les tampons étaient interdits aux vierges jusqu’à ce que je lise dans un magazine d’ado que oui, les vierges pouvaient mettre des tampons. Mais ça c’était bien trop tabou pour moi pour d’en parler à ma mère (genre dans ma tête ma mère ne pouvait pas imaginer que je cogitais mettre mon doigt dans mon vagin - on ne parle même pas de masturbation hein). Du coup je suis allée à la pharmacie toute seule avec mon argent de poche m’acheter des tampons. J’ai lu les instructions et j’ai galéré de ouf pour en mettre un (genre 30 min dans les toilettes) mais j’ai réussi. Depuis, plus jamais la galère de me changer pour aller dans la piscine. C’était une émancipation presque.

J’ai commencé mes études supérieures au Brésil et à la fac, la parole était bien plus libérée (plus qu’à l’Insa de Lyon je trouve). Plus de honte, on connaît toutes la cup, etc etc, c’est trop bien.

Janvier 2020

 

Anonyme, 23 ans, Française en Angleterre

4e jour de règles.

Bizarrement, c'est seulement maintenant que je ressens le besoin de m'asseoir, la difficulté à monter les escaliers, cette pression dans tout mon bassin.

Qu'au réveil, la pensée de me lever est un nouvel obstacle : en-dehors de ce lit, tout va être inconfortable, sièges de métro, sièges de classe, du boulot... Je me demande si je suis la seule que les chaises dures rendent anxieuse pendant les règles.

Bref, j'ai réussi à me lever, m'habiller, atténuer la paleur menstruelle de ma peau avec un peu de maquillage, et cahin-caha monter les escaliers jusqu'au métro. Je sors mon badge de mon sac et l'épingle à mon manteau, on y lit : "Please offer me a seat". Depuis des années je me plains que les règles me donnent la capacité à me déplacer d'une grand-mère de 100 ans, sans faire plus pour y remédier que prendre l'ascenseur en m'identifiant en silence à l'annonce : "Cet ascenseur est destiné aux personnes à mobilité réduite". Mais une fois dans le métro, difficile de trouver un siège (inconfortable) où reposer ce corps de mémé. Surtout à Londres, où j'habite.

Alors récemment, j'ai commandé ce badge sur le site internet du métro, gratuitement, sans avoir à me justifier. Conçu pour toute personne ayant, plus que les autres, besoin de s'asseoir, il allège un peu la difficulté du quotidien pendant les règles.

Ce n'est pas facile de se mettre publiquement en position de faiblesse , parfois d'avoir à demander son siège à quelqu'un. Mais aujourd'hui un homme, spontanément, m'offre son siège avec un sourire... 🙂

À quand le même badge en France et ailleurs ?

Novembre 2019

 

Régine, 80 ans, Française

Comment vivions nous avec nos règles dans les années 1960, 1970 ou 1980 ? C'est la question que nous avons posée à Régine. C'est avec humour et spontanéité que la grand-mère d'Elise, nous livre quelques anectodes sur sa vie de femme menstruée.

Etudiante à l'internat avant l'ère des protections jetables, professeure dans un lycée pour garçons ou encore en réception d'affaires, on savoure ses anectodes !

On en profite pour remercier à nouveau Régine (et Gildas !) pour leurs gentillesses et leur accueil lors de nos rassemblements sur Paris.

Octobre 2019

 

Siva, 26 ans, Indienne


Siva est une jeune fille originaire de l’Inde et qui vit à Londres depuis presque un an maintenant. Rappelons que l’Inde est un pays gigantesque, aussi l'expérience de Siva ne peut être généralisée.

Comme dans de nombreux pays, les menstruations sont un sujet tabou en Inde . Pour autant, les mères sont régulièrement questionnées sur les règles de leur filles : “C’est comme si les gens voulaient en parler mais sans être prêts à entendre les réponses”.

Lorsqu’elle était au collège, Siva a dû louper 3 jours de cours pour des raisons familiales. A son retour, tout le monde pensait que Siva avait été absente à cause de ses règles alors qu’elle ne les avait même pas eues. Siva n’avait pas hâte qu’elles arrivent, elle n’était pas du tout impatiente comme peuvent l’être les filles dans les films ! Sa maman n’a pas pris le temps d’expliquer à Siva comment se passent les règles et comment les gérer car personne ne l’avait fait avant pour elle. Sa maman pensait donc que c’était quelque chose que Siva apprendrait d’elle même.

Quand ses premières règles sont arrivées, Siva a eu le droit à une “petite” cérémonie pour célébrer sa puberté. C’est une tradition dans la région de Tamilmadu d'où elle vient. Pourtant, au lieu d'être contente, Siva s’est soudain sentie nostalgique de son enfance: “c’est la fin de la fête” pensa-t-elle car en Inde, avoir ses règles implique de changer la façon dont on s’assoit, la façon dont on parle et plus généralement la façon dont on agit. “Tu dois devenir une dame” m’a confié Siva.

Pour la petite anecdote (que je ne connaissais pas) : la jeune fille doit gober 3 oeufs crus pour lui redonner des forces. Siva s’est arrêtée à un seul, c’était trop dégoutant ahah !

Les femmes ne peuvent pas rentrer dans un temple lorsqu’elles ont leurs règles. Aussi, avant d’aller au temple, sa maman s’assurait que Siva n'était pas dans sa "période rouge. Siva n’a jamais remis en question cette interdiction, c’était comme ça.

Et maintenant, quoi de neuf sur les règles à Londres ? Siva a découvert les protections en libre service dans les toilettes de l’université ainsi qu’au travail. Elle a également découvert les tampons (ce n’est pas courant en Inde) mais après un peu de lecture sur le choc toxique, elle s’est dit que ce n’était pas si grave que ça ne soit pas le type de protection utilisé en Inde. Récemment, une personne dans la rue l’a abordée en lui demandant une protection périodique. Siva a été surprise, elle n’est pas sûre qu’elle serait prête à faire de même.

Pour finir notre petite interview on a discuté de la difficulté d’avoir confiance en soi à l’adolescence, surtout lorsque l’on nie un phénomène naturel. Alors si les règles pouvaient ne plus être un tabou et une source de mal être, peut être que ça aiderait un peu non ?

Octobre 2019